De Rome, Mourad Rouighi – C’est dans un contexte de tensions accrues au Proche-Orient, entre vents de guerre et tentatives de renversement de gouvernements récalcitrants, que le Vatican a reçu son invitation pour adhérer au «Conseil de la paix» pour Gaza, chère au président américain Donald Trump et à son proche entourage.
La première réponse a été donnée par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, qui a fait part d’une «prudence vigilante» eu égard aux anomalies qui accompagnent cette institution naissante, «qui s’engage, disons-le au passage, à enterrer la légalité internationale et ses résolutions dépassées par le temps».
Bien que le pape Léon XIV ait toujours prôné une culture du dialogue, le format proposé par les proches conseillers du locataire de la Maison-Blanche semble contredire les principes fondamentaux actuels de la diplomatie vaticane, farouchement ancrés dans le droit international. Interpellé sur ces développements, le cardinal Pietro Parolin a souligné l’inquiétude du Saint-Siège face à l’érosion du droit international.
Pour le numéro 2 du Vatican, la paix ne saurait être le fruit d’un «jugement pragmatique» exercé par une poignée d’Etats «consentants», mais doit être recherchée dans le cadre des institutions multilatérales existantes. Le Saint-Siège craint que cette instance ne devienne un instrument de pression politique plutôt qu’un véritable instrument de stabilité.
Par ailleurs, la composition du Conseil exécutif – constitué exclusivement de proches collaborateurs du président américain : Josh Gruenbaum, Jared Kushner et Steve Witkoff, sans oublier Tony Blair – renforce l’image d’une diplomatie partiale et soutenant les thèses de l’occupant.
C’est ce qui explique le fait que nombre de commentateurs avisés nous ont averti que, pour le Saint-Siège, rejoindre un tel organe risquerait de compromettre sa neutralité, car il est souvent appelé à jouer un rôle de médiateur impartial dans les conflits, de l’Ukraine au Moyen-Orient.
De fait, le Vatican choisit aujourd’hui de ne pas adhérer à cette démarche controversée et semble conforté par le refus de nations importantes d’en faire partie, arguant l’incontournable préséance du droit international.
Une chose est sûre, nous dit-on à Rome, le Saint-Siège ne donnera pas carte blanche à un organe où la notion de paix semble être une denrée rare.
M. R.