Selon une analyse approfondie publiée par un centre d’études libanais spécialisé dans les questions de sécurité et de renseignement, le monde arabe fait face à une phase avancée et durable de pénétration des services de renseignement israéliens, dont les effets dépassent largement les théâtres de conflit traditionnels pour toucher l’ensemble des structures politiques, économiques, technologiques et sociétales de la région. Cette dynamique, loin d’être conjoncturelle, s’inscrit dans une tendance lourde que l’étude qualifie de «méga‑trend sécuritaire».
Le centre d’études souligne que l’efficacité actuelle du renseignement israélien repose sur une combinaison inédite de facteurs : la normalisation politique avec plusieurs Etats arabes, l’imbrication croissante des intérêts arabes, occidentaux et israéliens, ainsi que la domination technologique dans les domaines du cyberespace, de l’intelligence artificielle et du traitement massif des données. Cette convergence a permis un élargissement sans précédent du champ d’action du Mossad et des autres branches du renseignement israélien, bien au-delà de la Palestine ou des pays frontaliers.
L’analyse rappelle que l’architecture du renseignement israélien repose sur plusieurs piliers complémentaires : le Mossad pour les opérations extérieures, le Shin Bet pour la sécurité intérieure, le renseignement militaire (Aman) et des unités spécialisées comme l’unité 8200, décrit comme le fer de lance des capacités cybernétiques et de l’interception des communications. Selon le centre d’études, ces structures fonctionnent de manière intégrée et bénéficient d’un avantage stratégique décisif : l’exploitation simultanée du renseignement humain (HUMINT) et du renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT).
Le rapport met en évidence l’ampleur du recours au recrutement d’agents locaux, de collaborateurs contraints ou motivés par des facteurs économiques, ainsi que l’exploitation des minorités, des tensions sociales et des fragilités psychologiques. Les pressions économiques, qui touchent plusieurs sociétés arabes, sont identifiées comme un levier majeur facilitant l’infiltration. A cela s’ajoute la dépendance technologique de nombreux pays arabes vis‑à‑vis d’infrastructures de télécommunications et de plateformes numériques dominées par des acteurs occidentaux, offrant des portes d’entrée indirectes au renseignement israélien.
La dimension technologique occupe une place centrale dans l’analyse du centre d’études. L’utilisation massive de l’intelligence artificielle, du cloud computing et des outils de surveillance avancés permet non seulement la collecte de données, mais aussi leur exploitation prédictive pour l’identification de cibles politiques, militaires ou sociales. Les précédents évoqués dans l’étude – sabotages cybernétiques, assassinats ciblés, explosions technologiques sophistiquées – illustrent une capacité à opérer dans la profondeur stratégique des Etats arabes.
Dans ce contexte régional, l’Algérie apparaît, selon l’analyse, comme un pays particulièrement attentif à ces dynamiques, en raison de sa position géopolitique, de son poids politique et de son refus de la normalisation avec Israël. Le centre d’études note que l’exploitation par Tel‑Aviv des rivalités interarabes constitue un vecteur majeur d’approche indirecte. A ce titre, la coopération sécuritaire entre le Maroc et Israël est citée comme un exemple révélateur de la manière dont les services israéliens cherchent à instrumentaliser des tensions régionales pour recueillir des informations, influencer des perceptions et exercer une pression stratégique, y compris à l’égard de l’Algérie.
L’étude conclut que l’objectif ultime du renseignement israélien n’est pas seulement la collecte d’informations, mais l’érosion progressive de la cohésion politique et sécuritaire du monde arabe, traité comme une entité hostile sur le plan stratégique. Pour le centre d’études, la multiplication des cellules d’espionnage découvertes au cours des deux dernières décennies – plusieurs centaines selon les données compilées – ne représente probablement qu’une partie visible d’un phénomène beaucoup plus vaste.
Face à cette réalité, l’analyse insiste sur la nécessité, pour des Etats comme l’Algérie, de renforcer une approche globale de la sécurité nationale, intégrant la dimension technologique, la protection du tissu social et la souveraineté informationnelle. Le centre d’études appelle à faire de la lutte contre la pénétration du renseignement étranger un objectif stratégique central, fondé sur des études scientifiques rigoureuses et une planification à long terme, condition indispensable pour contenir des menaces qui ne cessent de se complexifier.
H. M.