Par Nabil D. – En marge de l’hommage rendu à Hocine Aït Ahmed à Alger, l’historien français Benjamin Stora a livré une analyse lucide et nuancée de l’état des relations entre l’Algérie et la France, plaidant pour des avancées concrètes du côté français afin de sortir de l’impasse mémorielle.
«J’espère que ça ira mieux», confie-t-il, tout en soulignant que l’amélioration des relations bilatérales passe nécessairement par une reconnaissance plus franche du passé colonial. Selon lui, la France doit encore «reconnaître plein de choses» et surtout poser des actes forts. Parmi ceux-ci, la question de la restitution occupe une place centrale. «Il faut avancer du côté français, la restitution en particulier, faire un geste du côté français, un geste symbolique», estime l’historien, convaincu que ce type d’initiative pourrait «faire avancer les choses».
Benjamin Stora reconnaît l’existence, en France, de «gens de bonne volonté» favorables à un travail de mémoire sincère. Mais il met en garde contre le contexte politique actuel, qu’il juge défavorable. «Aujourd’hui en France, c’est plutôt l’extrême-droite qui est à l’offensive, qui est très forte», observe-t-il, évoquant une mouvance politique résolument opposée à toute concession envers l’Algérie. Selon lui, cette frange refuse toujours de reconnaître pleinement l’histoire de l’indépendance de l’Algérie.
Pour l’historien, le cœur du problème est dans l’acceptation d’une histoire désormais accomplie. «Ils ne veulent pas reconnaître l’histoire de l’indépendance de l’Algérie. C’est ça le grand problème», tranche-t-il. Et de conclure avec insistance : «Il faut qu’ils l’acceptent. Il faut accepter l’histoire accomplie.»
Les déclarations de Benjamin Stora s’inscrivent dans la continuité de ses prises de position sur les relations entre l’Algérie et la France. Spécialiste de la Guerre d’indépendance, l’historien a remis en janvier 2021 au président français un rapport consacré aux questions mémorielles liées à la colonisation. Ce document préconisait plusieurs mesures, dont l’ouverture accrue des archives, la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français et la poursuite des restitutions.
Benjamin Stora a également pris position, ces dernières années, en faveur de gestes symboliques précis, tels que la restitution de restes humains de résistants algériens conservés en France et la reconnaissance d’événements marquants de la période coloniale, notamment les massacres du 17 octobre 1961 à Paris. Il a régulièrement souligné que la reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie comme un fait historique pleinement assumé constituait, selon lui, un préalable à l’apaisement durable des relations entre les deux pays.
N. D.