Passé du salon familial aux écrans de téléphone, le Ludo version numérique a envahi les rues, les kiosques et même les lieux de mariage à Bol. Plus qu’un simple jeu, il est devenu un rituel social, un espace où se croisent toutes les générations et toutes les professions, autour d’un dé virtuel mais d’une convivialité bien réelle.
Ici, le célèbre jeu de parcours aux pions colorés a quitté les plateaux en carton pour les écrans de smartphone. Mais il n’a rien perdu de son âme. À Bol, le « Ludo game » est partout : dans les kiosques numériques, sous les hangars de fortune, au coin des rues. Il rassemble élèves, mototaxis, commerçants, fonctionnaires et retraités dans une même fièvre amicale. Un phénomène qui dépasse le simple divertissement pour devenir un véritable ciment social, jusqu’à s’immiscer dans les cérémonies de mariage.
Autour des téléphones, les corps se penchent, les regards convergents. Les dés virtuels roulent, les pions sautent de case en case. On joue pour passer le temps, pour décompresser, mais surtout pour être ensemble. Les parties s’enchaînent, rythmées par des éclats de rire, des provocations bon enfant, des discussions parfois vives après un coup jugé malheureux. « Ce n’est pas seulement une question de gagner ou de perdre, c’est une occasion de se rencontrer, de parler, de partager », confie un habitué, les yeux toujours rivés sur l’écran.
Le Ludo digital est désormais un lieu de sociabilité à part entière, un équivalent moderne du café ou du banc public. On y tisse des relations, on y entretient des rivalités courtoises, on s’y retrouve après le travail. Il efface pour un moment les barrières d’âge et de statut, créant une parenthèse égalitaire et joyeuse.
Le phénomène a même débordé le cadre informel du quotidien pour investir celui, plus solennel, des cérémonies. Lors des mariages, par exemple, il n’est plus rare de voir, sous les tentes, des petits groupes se former autour d’une partie entre deux danses ou deux plats. Le jeu prolonge la fête, offre une respiration, et maintient le lien entre convives de tous horizons.
Ainsi, à l’ère du tout-numérique, ce jeu traditionnel connaît une seconde vie inattendue. À Bol, le Ludo n’est plus seulement un loisir : c’est un prétexte à faire société, un rituel moderne qui prouve que le virtuel, parfois, rapproche plus qu’il n’isole. Le vrai lien social et le plaisir d’être ensemble priment sur la forme que prend le jeu.