Présenté par ses promoteurs comme une innovation pragmatique destinée à dépasser l’impuissance des institutions internationales traditionnelles, le «Conseil de la paix» que Donald Trump vient de créer s’apparente moins à un outil de stabilisation globale qu’à un instrument de pouvoir taillé sur mesure pour Washington. Derrière ce que les médias européens décrivent comme un recul américain sur le dossier du Groenland, se dessine en réalité une stratégie plus subtile : un pas en arrière pour mieux sauter.
A Washington, la leçon de l’Irak semble avoir été retenue, non pas sur le fond, mais sur la forme. Il ne s’agit plus de griller les étapes, mais de construire un habillage diplomatique conférant une légitimité apparente aux futures interventions américaines dans les affaires de pays tiers. La Charte du Conseil de la paix s’inscrit pleinement dans cette logique. Elle prétend rompre avec les approches jugées inefficaces de la consolidation de la paix, tout en recyclant un vocabulaire consensuel – responsabilité locale, efficacité, partage des charges – qui masque mal une concentration extrême du pouvoir.
Le texte est explicite. La composition du Conseil est limitée aux Etats invités par le président, en l’occurrence Donald Trump lui-même. Les mandats sont renouvelables à sa discrétion, et les Etats les plus généreux financièrement bénéficient d’un statut dérogatoire. La gouvernance, quant à elle, rompt radicalement avec le multilatéralisme classique. Trump n’y siège ni comme un chef d’Etat parmi d’autres ni comme un secrétaire général arbitre, mais comme une autorité exécutive suprême, disposant d’un droit de veto, du pouvoir de nomination, et même de la faculté de trancher seul les différends d’interprétation de la Charte.
Dans ce cadre, Gaza apparaît comme une expérience pilote. Le territoire servira de laboratoire à cette nouvelle diplomatie d’intervention, où la paix est administrée par une coalition d’Etats «volontaires», étroitement alignés sur les intérêts américains. Si le test est concluant, le modèle pourra être reproduit dans n’importe quelle région du monde, sous couvert de stabilisation et de gouvernance fiable. La Charte ouvre d’ailleurs explicitement la voie à ce type d’actions, sans garde-fous institutionnels comparables à ceux – déjà fragiles – des Nations unies.
C’est, en effet, bien l’ONU qui est visée en creux. Là où la communauté internationale aurait pu réformer ou dissoudre une organisation devenue dysfonctionnelle, Donald Trump propose une substitution pure et simple, soit un organe concurrent, présidé à vie par lui-même ou par un successeur qu’il désigne, financé de manière volontaire et contrôlé politiquement depuis Washington. L’enterrement définitif de l’ONU ne serait alors plus un accident de l’histoire, mais le résultat d’une stratégie délibérée.
Sous ses airs de modernité et d’efficacité, le Conseil de la paix consacre ainsi un ordre international déséquilibré, où la couverture diplomatique sert avant tout à légitimer l’extension de l’hégémonie américaine. Plus qu’un projet de paix, la Charte ressemble à un manifeste de pouvoir qu’il faut détruire avant qu’il ne soit trop tard.
Mehenna H.