Dans le cadre du Salon international des mines, des carrières et des hydrocarbures (SEMICA), la table ronde 4, intitulée « Optimisation des ressources pétrolières », a réuni des experts du secteur afin d’examiner les défis et les opportunités liés à l’exploitation du pétrole tchadien. Cette session visait à renforcer la compréhension des enjeux actuels et à identifier des leviers susceptibles d’améliorer la performance opérationnelle et économique du secteur.
Les échanges ont porté sur l’optimisation de l’exploitation des ressources, la modernisation des pratiques industrielles, le soutien à la transition énergétique et la consolidation de la souveraineté énergétique du pays.
Les intervenants, issus de compagnies pétrolières majeures opérant au Tchad, ont partagé leurs expériences et leurs stratégies, soulignant l’importance de la valorisation des ressources sous-exploitées, de la gestion du déclin des champs matures et de l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les opérations pétrolières.
Ouvrant la session, Éric Josseron, directeur général de Petrochad Limited (Perenco), s’est focalisé sur le développement des champs marginaux et la valorisation des petites découvertes. Interrogé sur l’intérêt réel des opérateurs pour le Tchad, il a expliqué que ces acteurs, souvent perçus comme distants, jouent en réalité un rôle intermédiaire logique dans l’industrie pétrolière. Selon lui, les majors délaissent fréquemment les champs isolés pour se concentrer sur des projets de grande envergure, tandis que Perenco adopte une approche différente en misant sur leur potentiel caché.
Pour illustrer son propos, Éric Josseron a présenté une cartographie des bassins tchadiens, mettant en évidence des découvertes non productives dans la zone sud ainsi que des prospects isolés dont la production pourrait être optimisée. « Les champs marginaux peuvent offrir des croissances significatives si la géologie est correctement ordonnée », a-t-il déclaré.
Le deuxième intervenant, Alladoum Désiré, directeur général de la Tchad Petroleum Company (TPC), a abordé l’optimisation de la production dans un contexte de déclin des champs matures.
Créée en 2023 pour gérer les actifs pétroliers nationaux, la TPC opère depuis deux ans et demi en partenariat avec la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT), qui détient 60 % des parts dans plusieurs blocs, notamment les blocs SHT 2, 3 et 6.
« Nous avons identifié des puits abandonnés où le pétrole n’est plus accessible, mais cela ouvre des opportunités pour des campagnes de réhabilitation », a-t-il expliqué. La TPC ambitionne de s’imposer comme un acteur national et régional de référence, en apportant une valeur durable à l’État et à ses partenaires.
Enfin, Dr Omnia Nour, membre du conseil d’administration de la société Geo Jade, a exploré le rôle croissant de l’intelligence artificielle dans la gestion des opérations pétrolières. Elle a rappelé que la production tchadienne avait culminé à environ 220 000 barils par jour en 2015, avant d’entrer dans une phase de déclin naturel, représentant un défi majeur pour l’État et les opérateurs.
Selon des études récentes, l’intégration de l’IA permettrait de réduire les coûts de 10 à 20 %, d’augmenter la production de 5 à 10 % et d’optimiser les services connexes en réduisant de 5 à 10 % les temps d’arrêt. Elle a également cité des gains concrets, notamment une réduction de 50 % des délais de maintenance, une optimisation de 35 % des stocks et une baisse de 20 % des coûts d’investissement.
« L’intelligence artificielle est aujourd’hui appliquée à près de 90 % dans l’industrie, aidant à interpréter les données et à améliorer les performances », a-t-elle affirmé.