De retour de Tanda, dans le département de Gaya où il a présidé la cérémonie de lancement de projets à caractère social couplée à une activité civilo-militaire portant sur le don d’un important lot de produits pharmaceutiques et visité un poste avancé de la zone de l’Opération « Damissa », le secrétaire général adjoint du Ministère de la Défense Nationale, le Général de Brigade Mamane Souley, à la tête d’une forte délégation militaire, a entretenu, le 21 janvier 2026, des cadres du Ministère de la Fonction publique, en conclave dans la ville de Dosso, sur les contours et le contenu de l’Ordonnance relative à la mobilisation générale.
Après avoir fait brièvement la genèse de la menace sécuritaire au Sahel en général et au Niger en particulier, le Général de Brigade Mamane Souley et le Commandant des Opérations Spéciales, le Colonel Ousseini Hassane qui l’assiste pour la circonstance, ont d’abord édifié l’auditoire sur les enjeux géopolitiques et sécuritaires qui prévalent avant de clarifier le rôle citoyen de la population comme l’entend l’ordonnance sur la mobilisation générale ainsi que la contribution et la responsabilité des cadres de l’administration publique d’assurer de relai interpersonnel stratégique dans la sensibilisation.
« C’est bien que nos Etats ont décidé, à leur corps défendant de prendre les choses en main avec les changements à la tête de nos Etats, le Mali en 2020, le Burkina en 2022, le Niger en 2023. Ce n’était pas des choses concertées, mais cela s’imposait, puisque la question devenait fondamentalement existentielle », rappelle le Général de Brigade Mamane Souley. Cependant, alors que ces trois pays qui forment aujourd’hui la Confédération de l’AES assument leurs responsabilités, leurs souverainetés, des puissances occidentales qui voient leurs intérêts menacés ont entrepris et continuent d’entreprendre diverses manœuvres sournoises. Les sanctions, les embargos, les menaces d’agression, sous le couvert de la fameuse CEDEAO, ils n’ont changé que de mode d’action, explique-t-on. « Le mode d’action, c’est d’instrumentaliser un certain nombre de groupes terroristes. Cela n’a pas empêché nos trois pays de se constituer en Confédération de l’AES aujourd’hui et qui engage des résultats palpables. Ces résultats, c’est notamment la création de la Force Unifiée. Nous avons aujourd’hui une force dont le Quartier Général se trouve à Niamey, qui est capable d’agir à l’intérieur de l’espace des trois pays. Ce sont des victoires que nous avons engrangées, malgré le cynisme et l’adversité qui sont en face », se félicite le Secrétaire général adjoint du Ministère de la Défense Nationale.
Malheureusement, dira-t-on, les forces hostiles et leurs sponsors n’ont pas pris conscience, jusqu’à là, que les peuples de l’AES sont déterminés à ne plus se laisser faire. Aujourd’hui, « il y a des troupes occidentales amassées au nord du Bénin. Nous en avons en Côte d’Ivoire, nous en avons au Ghana. Tout cela a un seul but, c’est de préparer le terrain, de préparer une base arrière pour que demain, lorsqu’ils auront décidé de tenter une agression, ces positions stratégiques leur servent. Nous sommes avertis. Nous observons, nous analysons, nous tirons des conclusions et nous nous préparons en conséquence », assure le Général de Brigade Mamane Souley. Il explique ensuite que c’est dans cet esprit averti et visionnaire de responsabilité que le Président de la République, Chef d’État, Chef suprême des armées, a décidé de signer cette ordonnance de la mobilisation générale. « La mobilisation générale, ce n’est pas une déclaration de guerre. C’est une anticipation de tout État qui serait responsable face à des menaces identifiées, à des menaces certaines », a-t-il poursuivi. Il s’agit d’un texte qui prévoit le cadre juridique et institutionnel de cette mobilisation au cas où elle s’avérerait nécessaire, pour permettre aux citoyens, chacun selon ses compétences, ses capacités, d’apporter sa pierre à la défense de la nation. « La mobilisation, ce n’est pas maintenant », précise le secrétaire général adjoint du MDN.
« Ce texte permet de créer le cadre pour que chaque citoyen participe là où il est, avec ses capacités, avec ses moyens, à la défense nationale. Le mot ‘’nationale’’ qui est ajouté au Ministère de la Défense montre clairement que la défense n’est pas l’apanage exclusif de l’armée. Nous sommes certes au front, nous sommes en première ligne, mais vous êtes tous, autant que vous êtes, concernés par cette notion de défense. C’est donc le cadre juridique de votre participation à cette défense qui est établi dans cette ordonnance », insiste le Général de Brigade Mamane Souley.
« En face, il faut qu’ils sentent que nous sommes mobilisés, que nous sommes prêts »
Comme l’indiquent les dispositions de ladite ordonnance, cette mobilisation va être conduite par le ministre de la Défense nationale. Cela ne veut nullement dire que les civils vont se substituer ou se joindre aux Forces de Défense et de Sécurité, prendre les armes pour aller au front. « La guerre, c’est un processus. En face, il faut qu’ils sentent que nous sommes mobilisés, que nous sommes prêts, à la limite, à mourir pour notre pays, à mourir pour notre propre existence, à mourir pour nos enfants. Ils sauront qu’ils sont en face d’un peuple résilient, qui est prêt à se défendre, qui est prêt à ne pas se laisser faire », dixit le Général Mamane Souley.
« Nous avons été dans toutes les écoles occidentales. Ils nous ont toujours appris qu’ils n’ont pas d’ennemis éternels, qu’ils n’ont pas d’amis permanents. Seuls leurs intérêts sont permanents et éternels et c’est leur raison d’être. Ils ne vont jamais abandonner. Nos ressources sont vitales pour ces gens. Seule la force que nous allons pouvoir leur opposer les dissuadera », soutient le Commandant des Opérations Spéciales (COS), Colonel Ousseini Hassane. « Toutes leurs manœuvres ont échoué, au lendemain du 26 juillet 2023, face à la mobilisation de nos trois pays et de notre peuple. Et maintenant, malheureusement, ils n’ont pas abandonné », ajoute le COS. Mais, souligne le Colonel Ousseini Hassane, une nation défendue par son peuple est invincible. Les forces de défense et de sécurité ne sont qu’un maillon de l’outil de défense.
« Il s’agit d’une anticipation stratégique »
Au cours de cette séance de sensibilisation, les cadres de l’administration, considérés comme des relais interpersonnels stratégiques, une courroie de transmission entre les autorités et le citoyen qui, lui, peut-être ne comprend pas tout cet environnement géopolitique, sont appelés à s’approprier la lettre et l’esprit de l’ordonnance. « Il faut que les gens prennent conscience, il faut que les gens se mettent à la disposition de leur pays, de leur nation pour défendre justement les terres de nos ancêtres. Les populations viennent vers vous, quoi qu’il faille plutôt aussi aller vers elles, du moins pour les sensibiliser cette fois-ci sur les menaces qui guettent notre nation et le rôle qui doit être le leur, dans des telles situations. Votre rôle est fondamental dans la sensibilisation de vos collaborateurs, de vos familles, de vos amis. Il est important que tout le monde comprenne le danger qui nous guette et que le pire peut arriver si d’aventure nous n’arrivons pas à nous mettre en place », clarifie, une fois de plus, le Colonel Ousseini Hassane. « Il s’agit d’une anticipation stratégique », dit-il.
Aussi, prévient le COS, le cadre de l’administration publique se doit d’être exemplaire et intègre dans ses rapports avec les usagers du service public, afin d’éviter de créer des frustrations. « Ne serait-ce que l’égalité des citoyens face aux services publics, c’est déjà un effort. Que celui qui vient à l’hôpital n’ait pas besoin de connaître un médecin pour être pris en charge », a-t-il nuancé appelant au renforcement de la cohésion sociale.
L’ordonnance, adoptée le 26 décembre 2025, en Conseil des Ministres, a pour objet de déterminer les modalités d’organisation, de préparation et de mise en œuvre de la mobilisation générale. Il est pris conformément aux prescriptions de la Charte de la Refondation et aux dispositions de la loi n° 2002-030 du 31 décembre 2002, portant organisation générale de la Défense Nationale. Il détermine les rôles et responsabilités des différentes composantes de la nation dans l’organisation, la préparation et la mise en œuvre de la mobilisation générale pour la défense de la Patrie. Ainsi, le présent projet d’ordonnance fixe les mesures institutionnelles, juridiques, administratives et pratiques à mettre en œuvre en vue d’une organisation efficiente de la mobilisation générale.
Ismaël Chékaré, Envoyé Spécial