Par Mehenna H. – La visite de Ségolène Royal en Algérie n’aura pas seulement marqué par la chaleur de l’accueil que lui ont réservé les autorités algériennes ainsi que de nombreux acteurs politiques, économiques et sociaux. Elle a surtout servi de prétexte à une nouvelle déferlante d’attaques venues de l’extrême-droite française et de ses relais médiatiques, toujours prompts à s’ériger en gardiens autoproclamés d’une mémoire coloniale non digérée.
A peine la visite achevée, les médias nostalgiques de l’Algérie française ont dégainé leur arsenal habituel. Au centre de cette offensive, l’inénarrable Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France à Alger, devenu au fil des années un injurieux omniprésent dès qu’il s’agit de l’Algérie. Fidèle à un acharnement qui ne surprend plus, ce grossier personnage s’est livré à une charge d’une rare violence verbale contre l’ancienne candidate à l’élection présidentielle française, multipliant les insultes et les procès d’intention, sans la moindre retenue ni souci de décence.
Ce déchaînement s’inscrit dans une longue série de prises de position où Xavier Driencourt s’illustre par une hostilité obsessionnelle à l’égard de l’Algérie, de ses dirigeants et, plus largement, de toute tentative de normalisation apaisée des relations algéro-françaises. Depuis des années, il se pose en porte-voix d’un courant idéologique qui refuse d’accepter les réalités de l’histoire, préférant l’affrontement mémoriel à la lucidité politique.
Mais au-delà de l’invective, c’est un lapsus révélateur qui a retenu l’attention. Dans son emportement, Xavier Driencourt a déclaré, avec une assurance troublante : «Nous ne restituerons pas les archives à l’Algérie !». Un «nous» lourd de sens, qui dépasse largement le cadre d’une opinion personnelle. Cette formulation trahit une proximité revendiquée avec des cercles d’influence qui semblent s’arroger le droit de parler au nom de l’Etat français, comme si les décisions souveraines relevaient d’un petit entre-soi idéologique plutôt que du débat démocratique.
Cette sortie illustre le malaise persistant d’une frange de la classe politique et médiatique française face à l’Algérie indépendante. Incapable de se défaire d’un imaginaire colonial, elle voit dans chaque geste de dialogue une menace, et dans chaque visite à Alger un acte de «trahison». L’acharnement contre Ségolène Royal en est une nouvelle démonstration. Ce n’est, en effet, pas tant la personnalité politique qui est visée que l’idée même d’une relation algéro-française fondée sur le respect, l’échange et la reconnaissance mutuelle.
A l’heure où les sociétés civiles appellent à dépasser les rancœurs du passé, ces sorties outrancières apparaissent de plus en plus comme les cris d’un courant en perte de repères, prisonnier de ses nostalgies et de ses peurs.
M. H.