L’audience avait un double objet. D’une part, la présentation officielle d’Alain Blaise Batongue, récemment nommé administrateur directeur général de MSMI. D’autre part, un échange sur les formes de coopération possibles entre l’administration et un acteur industriel privé confronté, comme beaucoup d’autres, à la rareté de compétences immédiatement opérationnelles sur le marché du travail.
Fondée en 2003 à Douala, MSMI intervient dans la maintenance industrielle et la fabrication mécanique, deux segments clés pour une économie qui ambitionne de transformer localement ses matières premières. L’entreprise est aujourd’hui présente dans des secteurs aussi divers que l’agroalimentaire, le textile, l’industrie lourde, le pétrole, la mécanique navale ou encore les activités ferroviaires. Cette diversité d’interventions suppose des profils techniques qualifiés, souvent difficiles à recruter dans un contexte où les formations restent majoritairement théoriques.
C’est sur ce point que l’expérience de MSMI attire l’attention des pouvoirs publics. Sous l’impulsion de sa présidente du conseil d’administration, Ngo Yetna Augustine Audrey, l’entreprise a progressivement investi dans la formation interne et l’accompagnement de jeunes ingénieurs. Le principe est simple : articuler l’enseignement universitaire, les incubateurs académiques et l’entreprise, afin de réduire le décalage entre diplôme et emploi. Concrètement, des étudiants et jeunes diplômés sont exposés aux réalités de la production industrielle, aux contraintes de la maintenance des équipements et aux exigences de qualité propres aux chaînes de valeur industrielles.
Madame Ngo Yetna intervient notamment comme ressource au sein de l’incubateur de la Faculté de génie industriel de Douala. L’objectif n’est pas de se substituer à l’université, mais de compléter la formation académique par des compétences pratiques : lecture de plans mécaniques, mécano-soudure, organisation de la maintenance ou encore respect des normes industrielles. Autant de savoir-faire rarement maîtrisés à la sortie de l’université, mais indispensables pour une insertion rapide dans l’industrie.
Cette approche répond à un déficit structurel largement documenté au Cameroun : chaque année, des milliers de diplômés issus des filières scientifiques et techniques peinent à accéder à un emploi qualifié, tandis que les entreprises industrielles dénoncent un manque de profils adaptés. En internalisant une partie de l’effort de formation, MSMI tente de sécuriser ses besoins en compétences tout en contribuant à l’employabilité des jeunes.
La dimension sociale de ce modèle n’est pas absente. L’entreprise met également en avant l’intégration des femmes dans des métiers industriels traditionnellement masculins. Sans discours militant, la stratégie repose sur l’élargissement du vivier de compétences disponibles, dans un contexte où la pénurie de techniciens et d’ingénieurs qualifiés constitue un frein à la montée en gamme de l’industrie locale.
Sur le plan macroéconomique, l’intérêt de l’administration pour ce type d’initiative s’inscrit dans une logique plus large de développement industriel endogène. Le Cameroun cherche à renforcer ses capacités de transformation locale et à réduire sa dépendance aux importations de biens manufacturés. Cette ambition suppose un capital humain adapté, capable d’exploiter, de maintenir et de faire évoluer les outils industriels.
Au-delà du cadre national, le profil international de la direction de MSMI confère à cette expérience une portée plus large. Présente dans des réseaux liés aux projets stratégiques des BRICS et impliquée dans les échanges Russie–Afrique, l’entreprise se positionne comme un point de contact entre les standards industriels internationaux et les réalités locales de formation et d’emploi.
L’audience entre le MINPMEESA et MSMI n’a pas débouché sur des annonces chiffrées, mais elle illustre une orientation : faire de l’entreprise un acteur central de la formation des compétences industrielles. Dans un pays où l’emploi des jeunes demeure l’un des principaux défis économiques et sociaux, ce modèle, fondé sur l’articulation entre université, incubateurs et industrie, apparaît comme une réponse pragmatique aux limites actuelles du système de formation.