Par Mehenna H. – La crise diplomatique entre l’Algérie et la France connaît un nouveau durcissement. Selon plusieurs sources concordantes, Alger ne souhaite plus le retour de l’ambassadeur de France, Stéphane Romatet, marquant ainsi une rupture nette avec la période récente durant laquelle le diplomate était perçu comme un acteur de désescalade. Cette décision s’inscrit dans un climat déjà fortement dégradé, nourri par une accumulation d’actes provocateurs de la part des responsables politiques et des médias français.
Jusqu’à récemment, Stéphane Romatet était présenté comme un interlocuteur pragmatique, tentant de maintenir le dialogue entre Alger et Paris malgré les tensions récurrentes. Cependant, son intervention dans l’émission «Complément d’enquête» sur France 2 a profondément changé la perception des autorités algériennes. Le diplomate y a, en effet, adopté un discours condescendant, s’inscrivant dans une logique néocoloniale, rappelant celle de son prédécesseur Xavier Driencourt, dont les prises de position publiques hostiles suscitent de vives polémiques.
Cette sortie médiatique est intervenue dans un contexte déjà inflammable. Depuis plusieurs mois, les relations bilatérales sont minées par des désaccords sur la mémoire coloniale, la coopération sécuritaire, les questions migratoires et le traitement judiciaire de ressortissants des deux pays. Les tentatives de rapprochement esquissées après la visite du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, ont progressivement laissé place à une méfiance renouvelée, chaque escalade verbale venant raviver des blessures anciennes.
Parallèlement à la question de l’ambassadeur, un autre dossier sensible est venu accentuer la tension. D’après les médias officiels algériens, les autorités ont décidé d’interdire toute visite de la famille de Christophe Gleizes. Cette mesure est présentée comme une application stricte du principe de réciprocité diplomatique. L’Algérie justifie sa décision par le refus opposé par les autorités françaises à la famille du diplomate algérien séquestré à Paris, à qui toute visite a été interdite.
Pour les autorités algériennes, cette affaire illustre un traitement asymétrique et injuste, incompatible avec les usages diplomatiques et les conventions internationales. En réponse, l’Algérie ne fait qu’appliquer les mêmes règles que celles imposées par la France, renvoyant Paris à ses propres pratiques.
Ces nouveaux développements confirment l’entrée de la relation algéro-française dans une phase de tension aiguë, où le langage de la fermeté et de la réciprocité a définitivement remplacé celui de l’apaisement.
A ce stade, aucun signal clair de désescalade n’a été émis. Au contraire, la déclaration persona non grata de l’ambassadeur français et la multiplication des mesures de rétorsion présagent une détérioration durable des relations bilatérales, dont les conséquences pourraient dépasser le seul cadre diplomatique, en raison de l’entêtement de la partie française à se servir du dénigrement incessant de l’Algérie comme fond de commerce politique intérieur.
M. H.