Elu à l’issue de la présidentielle du 28 décembre 2025 avec 86,72% des suffrages exprimés, le président Mamadi Doumbouya a prêté serment le 17 janvier, devant cinquante mille invités dont des chefs d’Etats et chefs de gouvernements, et des représentants d’organisations internationales et panafricaines dont la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA). Parmi les dirigeants ayant fait le déplacement du stade Général Lansana Conté de Nongo, on peut citer le Malien Assimi Goïta, le Rwandais Paul Kagame, le Gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, le Mauritanien Mohamed Ould El Ghazzouani, le Gambien Adama Barrow, le Sénégalais Diomaye Faye. Et la liste n’est pas exhaustive. Avec cette investiture aux allures de concerts, parce qu’ayant connu la prestation d’artistes de renom comme Oumou Sangaré et Sidiki Diabaté du Mali, une nouvelle ère s’ouvre pour la Guinée qui renoue ainsi avec l’ordre constitutionnel. Maintenant que la boucle est bouclée, que fera le président Mamadi Doumbouya de son mandat? Va-t-il tendre la main aux opposants emblématiques qui sont en exil comme Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré? On attend de voir. Cela dit, en troquant le treillis contre le boubou, le général Doumbouya doit se convaincre d’une chose. La période de grâce dont il a bénéficié durant les quatre années de la transition, est désormais terminée. La prestation de serment exige de lui, le respect des droits et libertés individuelles et collectives. Saura-t-il s’adapter aux contraintes de l’Etat de droit ? L’avenir nous le dira.
Mamadi Doumbouya a du pain sur la planche
En attendant, l’on peut dire que le plus dur commence pour le premier président de la cinquième République de la Guinée. Mamadi Doumbouya a certes remporté la présidentielle sans coup férir, parce qu’en face, il n’y avait pas d’adversaires de taille. Mais tout laisse croire que la gestion du pouvoir durant son septennat, risque d’être plus difficile. Cela est d’autant plus vrai que les défis sont énormes. Certes, sur le plan économique, il a su poser les jalons d’une vraie relance de la croissance économique, de la création des richesses. Mais sur les plans politique et social, les attentes des Guinéens sont nombreuses. En effet, ses compatriotes attendent de lui, qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs. Saura-t-il relever ce défi ? Rien n’est moins sûr. Dans un pays où tout est matière à protestation et à contestation, satisfaire aux exigences du peuple, est plus facile à dire qu’à faire. En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que le président Mamadi Doumbouya a du pain sur la planche. Comment opérer sa mue après une période transitoire gérée d’une main de fer ? Comment lutter efficacement contre la corruption dans un pays où chacun voit midi à sa porte ? En tout état de cause, si Mamadi Doumbouya souhaite réussir son mandat et bénéficier une seconde fois de la confiance de son peuple, il doit se poser comme le président de tous les Guinéens. Autrement dit, il doit travailler pour l’intérêt de tous, y compris ceux qui ne lui ont pas accordé leur voix. Déjà qu’il n’a pas tenu sa promesse de ne pas briguer la magistrature suprême à l’issue de la transition, il ne doit pas en rajouter en faisant dans la division. Après cette prestation de serment, il se doit de se surpasser en plaçant l’intérêt supérieur de la Nation au-dessus des intérêts partisans. En tous les cas, si le président Mamadi Doumbouya ambitionne de gouverner dans un environnement apaisé, il doit travailler à décrisper l’atmosphère sociopolitique. Autant dire qu’il gagnerait à faire de la réconciliation nationale, l’un de ses chantiers prioritaires. Car, tant que les cœurs meurtris ne seront pas apaisés, il sera difficile, pour ne pas dire impossible aux fils et filles de la Guinée, de bâtir une nation de paix. C’est dire si au-delà des espoirs que suscite cette prestation de serment qui met officiellement fin à la transition, il faut des actes forts. Et si le nouveau maître de Conakry veut marquer les esprits, il gagnerait à procéder, dès l’entame de son mandat, à la libération des acteurs de la société civile et autres leaders d’opinion incarcérés depuis son accession au pouvoir.
Dabadi ZOUMBARA