Algeriepatriotique : Alors que nous nous attendions à une désescalade après l’arrivée de Laurent Nunez à l’Intérieur, voilà que France 2 remet une couche pour saboter le processus de dégel entre Alger et Paris. Comment avez-vous perçu le reportage de la chaîne publique française sur l’Algérie ?
Abdallah Zekri : L’enquête de France 2 n’a fait que confirmer une évidence longtemps niée. Une majeure partie des médias français ne joue plus son rôle d’information, mais agit comme un acteur politique à part entière. Des réseaux d’influence, discrets mais puissants, opèrent au cœur même des grandes rédactions, orientant les récits et fabriquant des ennemis médiatiques, au premier rang desquels l’Algérie. La collusion entre sphère politique, intérêts financiers opaques et lignes éditoriales biaisées est désormais flagrante. Les partis dictent l’agenda médiatique, les médias façonnent le débat politique, et la frontière entre journalisme et propagande a tout simplement disparu. Ce système malade alimente une vision déformée de la réalité et sabote toute possibilité de relation algéro-française apaisée.
Pensez-vous que le déplacement de Ségolène Royal en Algérie pourrait aider à dépasser la crise ?
La visite de Ségolène Royal à Alger, bien que positive sur le plan symbolique, ne saurait masquer l’état de dégradation avancée des relations entre l’Algérie la France et. Elle n’effacera ni les provocations répétées ni les campagnes hostiles menées depuis Paris par des cercles politiques et médiatiques obsédés par une nostalgie coloniale malsaine. Toutefois, cette visite rappelle une vérité essentielle que certains s’acharnent à occulter, à savoir que l’Algérie ne nourrit aucune haine envers le peuple français. Elle se défend simplement contre des attaques incessantes venues de milieux héritiers de l’Algérie française et de l’OAS, dont l’influence continue d’empoisonner le débat public français.
La rue gronde en France après un énième crime commis contre un ressortissant musulman. Comment expliquez-vous cette montée de la violence dans les rangs de la police française ?
Cette nouvelle bavure policière visant un ressortissant mauritanien, suivie de manifestations soigneusement marginalisées par les médias dominants, n’est ni un dérapage isolé ni une fatalité abstraite. Elle est le produit direct d’années de discours sécuritaires irresponsables, dont Bruno Retailleau a été l’un des promoteurs les plus zélés à la tête du ministère de l’Intérieur. En légitimant une vision raciste de l’ordre public, il a laissé derrière lui une police convaincue de son impunité. Son départ n’a rien changé à la réalité du terrain. Les pratiques discriminatoires persistent. Laurent Nuñez hérite d’une institution profondément abîmée, gangrenée par une idéologie droitière assumée, façonnée pour séduire l’électorat de l’extrême-droite à l’horizon 2027.
Qu’est-ce qui explique cette islamophobie ambiante en France ?
L’islamophobie n’est plus un phénomène marginal. Elle est devenue structurelle, banalisée, parfois même revendiquée. Les discours antimusulmans se multiplient dans une indifférence glaçante, voire sous les applaudissements de plateaux télé transformés en tribunaux idéologiques. Cette normalisation de la haine prépare inévitablement le terrain à des violences plus graves. Feindre la surprise le jour où l’irréparable se produira relèverait de la pure hypocrisie. Les dirigeants français et les grands médias portent une responsabilité écrasante dans cette dérive. En entretenant la peur et la division, ils fracturent durablement la société et sacrifient la cohésion nationale sur l’autel d’ambitions électorales et d’intérêts privés.
Propos recueillis par Mehenna H.