Evoluant depuis plusieurs années dans un environnement régional marqué par de profondes turbulences, l’Algérie se trouve confrontée à une accumulation de crises sécuritaires et politiques à ses frontières. C’est le constat dressé par une étude du Forum Afrique pour la paix et la défense, une unité de recherche relevant du Centre libyen d’études sécuritaires et militaires, spécialisée dans l’analyse des dynamiques géopolitiques en Afrique sahélienne et subsaharienne.
Selon cette étude, l’Algérie est aujourd’hui encerclée par des foyers d’instabilité majeurs : la Libye à l’est, toujours en proie à un chaos institutionnel persistant ; le Mali et le Niger au sud, secoués par des coups d’Etat successifs et une recomposition accélérée des alliances ; et le Maroc à l’ouest, avec lequel les relations demeurent rompues depuis 2021 sur fond de tensions politiques. Cette situation expose Alger à ce que les chercheurs qualifient de «foule du voisinage», un enchevêtrement de menaces transfrontalières mêlant terrorisme, criminalité organisée et migrations irrégulières.
Le rapport souligne que la région sahélo-saharienne constitue la principale source d’inquiétude pour les autorités algériennes. Les ruptures politiques au Mali, au Niger et au Burkina Faso ont affaibli les mécanismes de coopération sécuritaire régionale, notamment après l’effondrement du cadre du G5 Sahel. Cette désorganisation a permis à des groupes armés tels qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique et l’organisation Etat islamique d’étendre leur rayon d’action à proximité immédiate des frontières algériennes, longues de près de 2 800 kilomètres avec les pays du Sahel.
A l’ouest, le centre d’études note que les protestations sociales récentes au Maroc ont été suivies de près par Alger, tandis qu’à l’est, le dossier libyen reste, selon le Centre libyen d’études sécuritaires et militaires, un facteur de vulnérabilité majeur. L’absence de stabilité politique en Libye alimente les risques de trafic d’armes, de circulation de groupes armés, de flux migratoires incontrôlés et de perturbations de la sécurité énergétique. Fidèle à sa doctrine de non-ingérence, l’Algérie rejette toute intervention militaire étrangère et plaide pour une solution politique libyo-libyenne, fondée sur la réconciliation nationale et les élections.
L’étude estime, enfin, que l’Algérie se trouve à un tournant stratégique. Entre diplomatie préventive, renforcement sécuritaire et stratégies de développement transfrontalier, elle œuvre à préserver sa stabilité interne tout en ambitionnant de demeurer un pôle d’équilibre régional dans un environnement marqué par des fractures de plus en plus profondes.
M. H.