Par Mehenna H. – Au moment même où le ministère de l’Intérieur et le Quai d’Orsay s’efforçaient de rétablir un contact fragile avec les autorités algériennes, Rachida Dati a torpillé ces efforts. La ministre de la Culture et de la Communication, en sa qualité de tutelle de France Télévisions, est derrière la provocation médiatique délibérée de France 2, aux conséquences diplomatiques explosives. Une démarche qui sert les intérêts du régime marocain au détriment des priorités diplomatiques françaises.
Depuis plusieurs semaines, Laurent Nuñez et Jean-Noël Barrot travaillaient à une désescalade avec Alger, après une succession de crises ayant gravement détérioré les relations bilatérales. Cette tentative de normalisation a été brutalement compromise par la diffusion sur France 2 d’un programme présenté comme un documentaire, mais qualifié à juste titre par le ministère des Affaires étrangères de «tissu de contre-vérités profondément offensantes et inutilement provocatrices». La réaction de l’Algérie ne s’est pas fait attendre. Le chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger a été convoqué pour recevoir une protestation officielle d’une rare fermeté.
Depuis son arrivée au gouvernement, Rachida Dati s’affaire à instrumentaliser sa fonction pour exercer un contrôle politique sur l’audiovisuel public français. Une précédente affaire a déjà mis en lumière cette dérive. En effet, deux journalistes ont été sanctionnés après avoir exprimé, à titre privé et en dehors de tout cadre professionnel, une opinion défavorable à la ministre promue par le miracle du canapé. Ces faits, largement dénoncés dans les milieux journalistiques, ont été perçus comme une atteinte grave à la liberté d’expression et à l’indépendance de la presse.
Cette polémique s’inscrit dans un parcours politique déjà lourdement marqué par les affaires de corruption ayant éclaboussé cette politicienne dont la longévité au sein de l’appareil étatique intrigue les Français. Rachida Dati est mise en examen dans une enquête portant sur des soupçons de corruption et de trafic d’influence, liés à des prestations de conseil présumées pour le groupe Renault-Nissan, alors qu’elle siégeait au Parlement européen. La justice s’interroge notamment sur la réalité de ces prestations et sur de possibles conflits d’intérêts.
Adoubée par le vénal Nicolas Sarkozy, lui-même condamné dans plusieurs dossiers judiciaires, Rachida Dati incarne une continuité des pratiques politiques de la droite au pouvoir : mélange des genres, porosité entre sphères publique et privée, et banalisation des soupçons de corruption au sommet d’un Etat français corrompu et déliquescent. A cela s’ajoutent des accusations récurrentes d’opportunisme politique, la ministre étant soupçonnée d’utiliser sa fonction actuelle comme tremplin personnel, notamment en vue d’une candidature à la mairie de Paris.
Dans ce contexte, l’affaire France Télévisions apparaît moins comme un incident isolé que comme un symptôme. La ministre utilise l’audiovisuel public comme un outil d’influence politique, sans considération pour les conséquences diplomatiques ou institutionnelles. Cette logique de pouvoir personnel entre frontalement en contradiction avec les efforts de ses collègues du gouvernement, engagés dans une stratégie de stabilisation des relations tumultueuses avec l’Algérie.
Au-delà du cas algérien, cette séquence révèle une fracture troublante au sommet de l’Etat français, celle d’un gouvernement incapable de parler d’une seule voix, miné par des rivalités internes, des ambitions personnelles et des responsables politiques englués dans des affaires judiciaires et roulant pour le régime marocain. Une dérive qui, à force de scandales et de provocations, explique pourquoi le président français est humilié là où il se rend.
M. H.