Par Kamel M. – La libération, le 12 novembre, de l’agent franco-israélien Boualem Sansal a pu apparaître comme un signal positif. Mais pour Stéphane Romatet, ancien ambassadeur de France à Alger, cet événement ne suffit pas à parler de véritable dégel entre Paris et Alger, comme il l’a expliqué dans un entretien accordé à RFI.
«Cette libération est intervenue à un moment qui a représenté évidemment un signal», reconnaît-il. Toutefois, il invite à la prudence : «La question qui se pose maintenant, c’est de savoir si ce réengagement peut produire des résultats.» D’autant que, rappelle-t-il, le journaliste Christophe Gleizes reste toujours détenu en Algérie. Un maintien en prison qui constitue, selon lui, un «contre-signal» venant tempérer la portée symbolique de la libération de Boualem Sansal.
A ces fragilités diplomatiques s’ajoute un nouvel élément de discorde : le vote par l’Assemblée populaire nationale d’une loi criminalisant la colonisation française. Une initiative perçue à Paris comme un acte d’hostilité. «Le double obstacle que représente aujourd’hui le maintien en détention de Christophe Gleizes et ce projet de loi […] rend plus compliquée cette volonté de retrouver un chemin d’apaisement avec l’Algérie», souligne Stéphane Romatet sur RFI.
Le climat est également alourdi par les prises de position de responsables politiques français. Depuis un an, des figures allant de Bruno Retailleau à Jordan Bardella ont multiplié les déclarations provocatrices à l’égard de l’Algérie. Pour l’ancien diplomate, le danger réside dans la généralisation : «Il faut être très attentif à ne pas stigmatiser une population.» Il pointe certains discours médiatiques et politiques qui visent un pays et un peuple dans leur ensemble.
La récente résolution portée par le Rassemblement national à l’Assemblée nationale française, soutenue par une partie de la droite et du centre, illustre cette tentation du rapport de force. Mais Stéphane Romatet s’en démarque nettement : «La publicisation d’un rapport de force ne produit pas de résultats.» Il plaide au contraire pour la reprise de canaux de communication, seule méthode, selon lui, capable de faire avancer les dossiers prioritaires pour la France : la coopération sécuritaire et la coopération migratoire, notamment sur la question des obligations de quitter le territoire français (OQTF).
Or, cette coopération sécuritaire a été largement mise en sommeil durant dix-huit mois de crise. «La gravité de cette crise s’est traduite par une quasi-suspension», admet-il, tout en notant que des échanges ont repris depuis quelques semaines. La visite, le 20 novembre, de la secrétaire générale du Quai d’Orsay, Anne-Marie Descôtes, à Alger marque à cet égard un tournant. Elle a permis de rétablir, pour la première fois depuis juillet 2024, un canal diplomatique, notamment sur le dossier sensible du Sahel, a-t-il assuré.
A l’aube de 2026, Stéphane Romatet espère un changement de dynamique. Après une année 2025 «très difficile», il souhaite que la nouvelle année permette de «sortir de l’ornière». Une ambition prudente mais déterminée, à l’image d’une relation bilatérale encore fragile, où chaque geste compte.
K. M.