Près de 400 candidatures ont été enregistrées au lancement du challenge. Dix projets ont été retenus pour la finale nationale après présélection, avant d’être évalués par un jury pluridisciplinaire associant administrations sectorielles, partenaires techniques et experts indépendants. Les critères retenus ont combiné impact environnemental, faisabilité technique et viabilité économique, intégrant explicitement les notions de modèle d’affaires, de capacité de mise à l’échelle et de cohérence financière. « Il s’agissait d’apprécier si chaque projet apportait une réponse concrète à un problème réel, tout en intégrant les dimensions de viabilité financière et de scalabilité », explique Olivier Nyako Wadjoré, ingénieur en télécommunications, sous-directeur de la promotion et de la vulgarisation des TIC, et président du jury.
Recyclage et fabrication numérique : le pari industriel de Nton Stem Kit
Récompensé par le premier prix, doté de 3 millions de FCFA, Nton Stem Kit se positionne à l’intersection de deux marchés distincts. D’un côté, celui de la gestion des déchets plastiques, encore largement informelle au Cameroun. De l’autre, celui de la fabrication numérique, en forte croissance dans les centres de formation, les fablabs et les écoles d’ingénierie. Le projet consiste à transformer des plastiques usagés en filaments destinés à l’impression 3D. Concrètement, ces filaments sont des consommables indispensables pour les imprimantes 3D, utilisées notamment en robotique et en prototypage. Leur production locale permet de réduire les coûts d’importation et d’améliorer l’accès à ces intrants techniques.
Sur le plan économique, le modèle repose sur l’approvisionnement en déchets à faible coût, une transformation semi-industrielle et une clientèle institutionnelle ou éducative. Les principaux défis identifiés concernent la standardisation de la qualité des filaments et l’extension des capacités de production à l’échelle nationale.
Agriculture de précision : données et rendement comme leviers de valeur
Portée par l’enthousiasme de ses jeunes fondateurs, Satellite Agro s’est hissée à la deuxième place du PachiPanda Challenge, remportant une dotation de 2 millions de FCFA. Son projet s’inscrit dans un domaine encore balbutiant au Cameroun : l’agriculture de précision. La solution combine données satellitaires et capteurs au sol pour fournir aux agriculteurs des recommandations sur l’état des cultures, les besoins en traitement et l’optimisation des rendements. Ces outils permettent, par exemple, de détecter un stress hydrique ou une attaque parasitaire avant qu’elle ne devienne visible à l’œil nu. L’enjeu économique est double : améliorer la productivité tout en réduisant l’usage excessif d’intrants coûteux comme les engrais ou les pesticides.
Dans un contexte où l’agriculture reste un pilier de l’économie camerounaise mais souffre de faibles rendements, le potentiel de marché est réel. La question centrale reste celle de l’accessibilité financière de la solution pour les petits exploitants, ainsi que des partenariats nécessaires avec les coopératives et les services agricoles.
Logistique post-récolte : réduire les pertes pour créer de la valeur
La startup Furaha Talla a décroché le troisième prix, doté de 1,5 million de FCFA, grâce à son projet centré sur la logistique post-récolte. Il propose une plateforme de mise en relation entre producteurs, commerçants et transformateurs afin de limiter le périssement rapide de certaines cultures. Au Cameroun, une part significative de la production agricole est perdue après la récolte, faute de débouchés rapides, de stockage adapté ou de coordination entre acteurs. La solution primée vise à fluidifier l’information et à faciliter le partage des ressources, réduisant ainsi les pertes économiques.
Le modèle repose sur un service numérique à faible coût, potentiellement monétisable via des abonnements ou des commissions. Son déploiement dépendra toutefois de la connectivité en zones rurales et de l’adoption par des acteurs souvent peu familiers avec les outils digitaux.
Au-delà des primes, un test de crédibilité économique
Pour les organisateurs, l’enjeu dépasse la récompense financière. « Ce n’est pas seulement l’argent. Les finalistes ont bénéficié de formations pour maturer leurs projets et les rendre plus compétitifs », souligne Edouard Tamba, représentant de MTN Cameroon, rappelant que les trois lauréats représenteront le pays lors de la finale panafricaine à Johannesburg en février 2026.
Du côté de WWF Cameroon, l’accent est mis sur la cohérence entre innovation et impact environnemental. « La plus-value, ce sont les idées que ces jeunes apportent en matière de conservation, de protection de l’environnement et de création digitale. Nous sommes intéressés par leur mise en œuvre concrète sur le terrain », indique un responsable de l’organisation.
À l’issue de cette édition, les trois lauréats présentent des profils économiques contrastés mais complémentaires. Recyclage industriel, agriculture de précision et logistique post-récolte répondent à des besoins identifiés de l’économie nationale. Leur capacité à passer du stade de prototype à celui d’entreprise opérationnelle dépendra désormais de l’accès au financement, de partenariats structurants et de leur aptitude à s’insérer durablement dans les chaînes de valeur locales.

