L’Association des familles des prisonniers et des disparus sahraouis (AFAPREDESA) exprime sa plus ferme condamnation face à la décision arbitraire, illégale et discriminatoire des autorités d’occupation marocaines d’interdire la sortie du territoire du Sahara Occidental à l’emblématique défenseure des droits humains Aminatou Haidar, présidente de l’Instance sahraouie contre l’occupation marocaine (ISACOM).
L’éminente militante sahraouie, lauréate du prix Right Livelihood en 2019 – connu comme le «prix Nobel alternatif» –, devait voyager depuis l’aéroport de Villa Cisneros (Dajla) vers Madrid pour subir des examens médicaux urgents, compte tenu de son état de santé fragile résultant des graves séquelles de tortures et de disparitions forcées subies dans le passé. Elle voyageait accompagnée de sa fille, qui n’a pas non plus pu quitter le territoire.
Une fois que la quasi-totalité des passagers eut passé les contrôles de sécurité, Aminatou Haidar fut retenue après être passée sans incident au scanner. Elle est restée retenue pendant près de 30 minutes jusqu’à ce qu’une agente lui ordonne de l’accompagner pour une fouille supplémentaire, sans qu’aucune explication lui soit fournie sur les motifs de cette mesure exceptionnelle. La défenseure sahraouie a refusé de manière ferme et catégorique, estimant qu’il s’agissait d’un traitement discriminatoire et sélectif dirigé exclusivement contre sa personne.
Cette interdiction sélective, qui viole de manière flagrante le droit fondamental à la liberté de circulation et à l’accès aux soins de santé, s’inscrit dans la stratégie systématique de répression, d’isolement et de châtiment collectif que le régime marocain applique contre les défenseurs sahraouis pacifiques dans les territoires occupés. Elle empêche non seulement l’exercice de droits fondamentaux, mais met aussi directement en danger la santé d’une figure internationalement reconnue pour sa lutte non violente en faveur de l’autodétermination du peuple sahraoui.
Il convient de rappeler qu’Aminatou Haidar avait été enlevée le 21 novembre 1987 à Laâyoune, à l’âge de 20 ans, par des agents marocains responsables directs, tels que Brahim Bensami, Larbi Hariz et d’autres, dans le contexte de la répression précédant une mission technique des Nations unies et de l’Organisation de l’Unité africaine. Elle a subi une disparition forcée pendant trois ans et sept mois, soumise à des tortures inhumaines : coups, simulacres d’exécution, asphyxie par substances chimiques, décharges électriques, isolement total avec bandeau permanent sur les yeux, privation de nourriture et d’eau, menaces sexuelles et humiliations. Ces pratiques, ordonnées par des hauts responsables marocains, lui ont provoqué des maladies chroniques graves – problèmes rhumatismaux, digestifs, allergiques, hémorroïdes sévères, lésions articulaires et séquelles psychologiques permanentes – qui persistent encore aujourd’hui et nécessitent des soins médicaux spécialisés, souvent inaccessibles dans les territoires occupés.
L’interdiction de sortie n’est pas un fait isolé, mais fait partie d’une stratégie d’isolement et de châtiment collectif contre le peuple sahraoui qui défend son droit inaliénable à l’autodétermination, reconnu par les Nations unies. Le Makhzen instrumentalise les contrôles administratifs et les mesures de «sécurité» pour restreindre la mobilité des militants, empêchant l’accès aux soins médicaux, aux réunions internationales ou aux dénonciations dans les forums mondiaux.
L’AFAPREDESA exige la cessation immédiate de l’interdiction arbitraire de sortie du territoire imposée à Aminatou Haidar, permettant sa libre circulation et l’accès urgent au traitement médical que nécessite son état de santé fragile, la fin de toutes les formes de harcèlement, de surveillance et de répression contre les défenseurs sahraouis des droits humains, l’enquête et la sanction des responsables de tortures et de disparitions forcées, y compris ceux poursuivis dans la plainte pour génocide devant l’Audience nationale espagnole.
Elle exige également la protection internationale effective, en appelant la communauté internationale, les Nations unies, l’Union africaine et particulièrement l’Espagne, en tant que puissance administrante de jure du Sahara Occidental, à assumer leurs responsabilités historiques et légales pour mettre fin à l’occupation illégale et aux violations systématiques.
L’AFAPREDESA réitère, enfin, sa solidarité inébranlable avec Aminatou Haidar, symbole de résistance pacifique et de dignité sahraouie, et avec toutes les victimes de la répression marocaine.
R. I.