Par Mohamed K. – De plus en plus d’éléments indiquent que l’Algérie avait raison de se méfier du régime des Al-Nahyane, qu’elle a sévèrement critiqué bien avant le tournant actuel. Les mises en garde répétées du président Abdelmadjid Tebboune contre les politiques d’ingérence, de déstabilisation et de militarisation des crises régionales portées par Abou Dhabi apparaissent désormais amplement justifiées. Loin d’être isolée dans son analyse, l’Algérie voit aujourd’hui d’autres Etats emboîter le pas à sa lecture des dangers que représente une diplomatie fondée sur les proxies, les milices et les projets de fragmentation étatique. Les développements récents confirment que la virulente réaction de l’Algérie n’était ni idéologique ni excessive, mais profondément ancrée dans une vision de stabilité régionale.
Selon des informations rapportées par le média alternatif d’investigation The Dark Box, un renversement régional majeur est en cours au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique, laissant le régime de Mohammed Ben Zayed de plus en plus isolé. Ce basculement est le résultat d’une décision stratégique ferme de l’Arabie Saoudite, dont le prince héritier Mohammed Ben Salmane a entrepris de démanteler méthodiquement un projet émirati d’influence construit sur une décennie, fondé sur des milices supplétives, des bases militaires et des alliances opaques.
D’après The Dark Box, l’ampleur et la rapidité de la riposte saoudienne ont pris de court les dirigeants d’Abou Dhabi. Le président émirati peine désormais à contenir une série de revers simultanés au Yémen, dans le bassin de la mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique, autant de théâtres où les Emirats arabes unis avaient cherché à s’imposer comme puissance incontournable par des voies détournées.
Le coup le plus immédiat est venu de Somalie. Les autorités de Mogadiscio ont brusquement annulé des accords sécuritaires et portuaires conclus avec Abou Dhabi et ordonné la fermeture d’installations militaires émiraties. Longtemps envisagée sans jamais être exécutée, cette décision a été déclenchée par une convergence entre la pression diplomatique saoudienne et l’exaspération somalienne face à une ingérence directe des Emirats dans les affaires internes du pays. La perte de ce point d’appui stratégique sur le corridor de la mer Rouge a envoyé un signal clair à d’autres Etats tentés de réévaluer leurs relations avec Abou Dhabi.
Parallèlement, The Dark Box fait état d’un réalignement spectaculaire entre Ankara et Riyad. Le président turc Recep Tayyip Erdogan est désormais en coordination avancée avec Mohammed Ben Salmane sur plusieurs dossiers sensibles, notamment le Yémen, la Somalie, le Soudan et la sécurité maritime. Cette convergence reflète une inquiétude commune face aux milices armées et aux projets séparatistes qui menacent la souveraineté des Etats, un domaine où la stratégie émiratie a longtemps été jugée ambiguë, voire déstabilisatrice. Au Soudan, le retour d’un pouvoir central renforcé à Khartoum a encore réduit l’influence d’Abou Dhabi, au profit d’une approche soutenue par l’Algérie, l’Arabie Saoudite et la Turquie, fondée sur la préservation des institutions nationales.
Même l’Inde a pris ses distances. Selon les sources de The Dark Box, New Delhi a refusé de reconnaître le Somaliland malgré un intense lobbying émirati pour le compte d’Israël, soucieuse de ne pas compromettre ses relations avec l’Arabie Saoudite. Ce refus a privé Abou Dhabi d’une reconnaissance internationale cruciale pour son parrain israélien et a souligné le poids croissant de Riyad dans les calculs des grandes puissances extérieures.
Le revers le plus sévère reste toutefois le Yémen. En quelques jours, les forces soutenues par l’Arabie Saoudite ont démantelé le Conseil de transition du Sud, principal proxy des Emirats. Chaînes de commandement dissoutes, équipements neutralisés et factions contraintes à la reddition. Dix années d’investissement politique et militaire se sont ainsi effondrées brutalement. Pour The Dark Box, il ne s’agit pas seulement d’une défaite militaire, mais d’une humiliation stratégique révélant la fragilité du modèle d’influence émirati face à une action étatique coordonnée.
Mohammed Ben Zayed ne trouve aucun acteur régional disposé à intervenir en sa faveur. Les partenaires traditionnels se taisent ou se réalignent sur Riyad. Cette solitude diplomatique reflète une remise en question plus large des politiques d’Abou Dhabi, sources d’instabilité. Dans ce contexte, il est significatif de rappeler encore une fois que l’Algérie fut le premier pays à dénoncer ouvertement la politique belliciste et déstabilisatrice des Émirats arabes unis, appelant très tôt au respect de la souveraineté des Etats et au rejet des stratégies de fragmentation.
M. K.