Longtemps perçues comme de simples relais de coopération culturelle, les Maisons russes s’inscrivent aujourd’hui dans une dynamique plus large, où la culture ne constitue plus une fin en soi mais un moyen. À la faveur des recompositions géopolitiques contemporaines, ces structures apparaissent de plus en plus comme des instruments d’influence politique, au croisement du soft power, de la diplomatie publique et de la guerre des récits.
Une diplomatie culturelle en apparence classique
Dans l’histoire des relations internationales, la diplomatie culturelle a toujours occupé une place singulière. Elle permet aux États de rayonner sans contraindre, de séduire sans imposer, et de tisser des liens là où la diplomatie officielle se heurte parfois à ses propres limites. Les Maisons russes s’inscrivent, en apparence, dans cette tradition. Elles proposent des cours de langue, soutiennent des échanges universitaires et valorisent un patrimoine artistique ancien, dans des formats comparables à ceux d’autres puissances culturelles.Cependant, cette lecture strictement culturelle s’avère aujourd’hui insuffisante. Depuis le milieu des années 2010, plusieurs centres de recherche européens ont observé une évolution des missions assignées aux instruments culturels russes, intégrés à une approche plus globale de diplomatie publique. Dans une étude consacrée aux stratégies d’influence russes, l’European Council on Foreign Relations (ECFR) souligne que Moscou tend à mobiliser culture, mémoire historique et information comme des leviers politiques indissociables, notamment dans les espaces extra-européens.
Une institution au cœur de l’appareil d’État russe
L’essentiel des Maisons russes relève de l’agence fédérale Rossotrudnichestvo, placée sous l’autorité directe du ministère russe des Affaires étrangères. Selon les données compilées par l’initiative européenne EUvsDisinfo, cette agence supervise plus de 80 centres à travers le monde, dont une part croissante en Afrique, sous des statuts juridiques variables. Ce rattachement institutionnel distingue nettement les Maisons russes de nombreux instituts culturels occidentaux, souvent dotés d’une autonomie de gouvernance. Comme le relève un rapport du German Council on Foreign Relations (DGAP), cette absence d’autonomie renforce la cohérence stratégique du dispositif russe, tout en brouillant la frontière entre action culturelle et objectif politique.
Le tournant des sanctions et la fin de l’ambiguïté
L’année 2022 marque une rupture. En inscrivant Rossotrudnichestvo sur la liste des entités sanctionnées, l’Union européenne acte un changement de perception majeur. Dans ses conclusions, le Conseil de l’UE estime que l’agence « contribue activement à la diffusion de narratifs alignés sur la politique étrangère russe », y compris dans des contextes culturels et éducatifs.
Ce basculement est corroboré par les travaux du NATO Strategic Communications Centre of Excellence, qui montrent que, depuis l’invasion de l’Ukraine, les dispositifs culturels russes participent davantage à une guerre de l’information décentralisée, visant à influencer les opinions publiques étrangères sans recourir à des canaux diplomatiques classiques. Dès lors, la culture change de fonction. Elle demeure un langage, mais devient aussi un vecteur stratégique, intégré à une bataille globale pour la légitimité et la crédibilité internationales.
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15 janvier 2026 par