Par Karim B. – Les supporters et les journalistes algériens de retour de la CAN, où les premiers se sont aventurés en territoire ennemi pour soutenir les Verts et les seconds pour couvrir l’événement entaché de magouilles, racontent ce qu’ils ont vu et vécu au royaume des chimères. Dès leur arrivée, ils disent avoir compris qu’ils n’étaient pas dans un simple pays hôte d’une compétition sportive, mais dans un espace entièrement contrôlé, scénarisé, où chaque déplacement est observé et chaque rassemblement surveillé.
Sur le terrain, l’atmosphère était lourde et oppressante. Ces témoins relatent les intimidations, les menaces à peine voilées et le harcèlement auxquels ils ont été confrontés de la part des milices du tortionnaire Hammouchi déguisés en supporters marocains et qui étaient chargées d’encadrer les hordes chauffées à blanc, rameutées des basfonds de Rabat et de Marrakech pour contrebalancer la forte affluence des supporters algériens qu’ils étaient chargés de provoquer. Dans et autour des stades, ces groupes s’activaient, insultaient, encerclaient, cherchaient le dérapage, sous le regard complaisant des forces de l’ordre, portant des tenues flambant neuves pour la circonstance, achetées à crédit par le Makhzen.
Malgré ces provocations répétées, les Algériens ne sont pas tombés dans le piège et ont évité de répondre à ces provocations, privilégiant le calme, conscients que la moindre réaction pouvait être instrumentalisée. Les journalistes, eux, notent la discipline et la retenue d’un public uniquement pour soutenir son équipe, refusant d’entrer dans une logique de confrontation préméditée.
Ces supporters et journalistes décrivent par ailleurs la grande misère qui règne au royaume des chimères, une réalité visible dès qu’on s’éloigne des itinéraires balisés. Ils parlent de deux parties distinctes des hideuses villes de Rabat et de Marrakech où a évolué la sélection nationale, séparées par de longs et hauts murs pour cacher le véritable visage de ces agglomérations. Ces murs ne sont pas seulement physiques, ils sont sociaux et politiques.
D’un côté, la partie visible, interdite aux parias marocains, est réservée aux touristes occidentaux et sont habités quasi exclusivement par les expatriés français. De l’autre, une population maintenue à distance, invisible aux yeux des visiteurs étrangers. Les Marocains qui y ont accès sont les femmes de ménage, les jardiniers et autres chauffeurs qui sont traités comme des esclaves par leurs employeurs sans scrupules, encouragés par le régime qui se sert de ces étrangers pour montrer la fausse image d’un pays prospère. Les témoignages décrivent un système assumé, où l’injustice sociale devient un outil de communication.
Sur le plan sportif, l’élimination des Verts ne se lit pas uniquement à travers le prisme du jeu. On se rend compte, avec le recul que nécessite l’analyse pertinente, que les Verts ont sans doute préféré s’incliner devant le Nigeria, expliquent plusieurs observateurs présents sur place. Dès les premières minutes, l’Algérie a imposé pourtant son rythme, après avoir fait une démonstration de force dès les premières minutes qui ont vu l’arbitre sénégalais corrompu refuser de siffler un pénalty flagrant après une superbe série de passes courtes, rapides et répétées, la fameuse tiki-taka, marque de fabrique des talentueux Verts.
Dans ce contexte, la suite apparaissait écrite d’avance. Continuer la compétition signifiait aller plus loin dans cette mascarade marocaine au risque de provoquer de graves heurts au cas où l’Algérie venait à chambouler le programme de la CAF qui consiste à offrir la coupe au pays organisateur quoi qu’il en coûte. Un choix douloureux, mais perçu par certains comme une décision de responsabilité.
Ces témoignages, recueillis à chaud, dressent le portrait d’une CAN vécue comme une épreuve politique, sociale et humaine, bien au-delà du football, et laissent l’image persistante d’une vitrine trompeuse dans cette monarchie de l’illusion, où le sport sert de décor à une réalité apocalyptique soigneusement dissimulée.
K. B.