Entre transformation agroalimentaire, maraîchage et commerce, la femme nigérienne est présente dans tous les secteurs de la vie. Sur les rives du fleuve Niger, à Kombo, de l’aube au crépuscule, on trouve des femmes, des filles et des jeunes garçons qui font du commerce du poisson leur gagne-pain quotidien.
Le marché du poisson de Kombo est un lieu connu de tous. Les Niameyens parcourent souvent de longues distances pour se procurer du poisson frais pêché dans le fleuve. Sous un hangar ouvert sur les côtés pour laisser passer l’air, les vendeuses sont assises sur des bancs ou des tabourets, sur des chaises, parfois à même le sol, leurs bassines de poisson posées devant elles. Elles sont alignées, chacune avec son espace sous le même hangar, car ce sont pour la plupart des membres d’une même famille qui unissent leurs forces pour subvenir à leurs besoins. Le bruit et l’odeur de la friture se mêlent aux conversations, aux éclats de rire et aux sons des couteaux qui écaillent les poissons. Elles mettent sur le marché plusieurs variétés de poissons, dont les capitaines, les silures, les tilapias, les carpes. Elles sont mères, épouses, parfois jeunes filles, qui ont embrassé le métier aux côtés de leurs ainées. Mme Amina Djibo a raconté avoir commencé la vente du poisson dès le bas âge. « Nous achetons le poisson auprès des pêcheurs pour le revendre. D’autres viennent de Boubon, Karma, Namaro, Tondibiah et parfois nous partons jusqu’à Boumba pour en prendre », a-t-elle dit. Elle fait la vente du poisson pour perpétuer l’héritage de sa mère. « Nous avons connu nos parents dans la vente. Nous savons faire autre chose, mais nous nous basons plus sur la vente du poisson. Nous avons eu énormément de biens dans ce métier. Certaines parmi nous ont des terrains, d’autres ont même construit et ont effectué le pèlerinage à La Mecque », a témoigné Mme Amina Djibo.
La rareté de la clientèle, un facteur qui entrave le développement du secteur
Malgré les difficultés et leur statut de femmes, ces vendeuses de poisson de Kombo nourrissent grâce à cette activité des familles et subviennent à leurs besoins quotidiens. Cependant, elles sont confrontées à un défi majeur lié à la mévente. En effet, selon Mme Amina Djibo, les clients se font de plus en plus rares, ce qui impacte négativement leurs chiffres d’affaires, car une grande partie du poisson reste invendue en fin de journée. « Nous n’avons jamais rencontré de difficulté pareille les années antérieures. Vraiment, cette année, nous ne comprenons rien. Nous payons le poisson, mais il reste invendu, les clients ne viennent plus comme avant, faute de moyens. Chez nous, avec 500 FCFA, vous pouvez avoir de quoi mettre dans la casserole et changer le goût de la sauce », a-t-elle expliqué.
En dehors de la rareté des clients, ces femmes battantes, comme l’a souligné Mme Djamilou Nafissa, font face à un problème de moyens de conservation. Faute de réfrigérateurs, elles sont obligées de payer de la glace à tout moment pour garder le poisson au frais afin d’éviter qu’il ne pourrisse. « Nous demandons aux autorités de penser à nous, vendeuses de poisson de Kombo. Nous avons un grand besoin de frigos, car nous n’avons pas les moyens de nous en procurer. Notre plus grand souci, c’est en période de chaleur : le poisson invendu se détériore rapidement. Mais avec un frigo, nous n’aurons plus besoin d’acheter de la glace, nous allons conserver nos aliments nous-mêmes », a souhaité cette revendeuse.
L’écaillage du poisson, une activité rentable malgré les risques
À côté des vendeuses se trouve un groupe de femmes dont la tâche est d’écailler le poisson pour les clients. Dès les premières heures de la journée, elles s’installent avec leurs outils de travail. Assises à la devanture du hangar, couteaux, coupe-coupe et autres instruments en main, elles attendent impatiemment la venue d’un client pour offrir leurs services à moindre coût.
Mme Halima Mossi, visiblement âgée de la cinquantaine, cheffe du groupe et ancienne vendeuse de poisson, s’est reconvertie dans l’écaillage pour de multiples raisons, dont la mévente. « Vu que l’âge avance, j’ai décidé de rester sur place pour écailler le poisson aux clients. Nous ne fixons pas de prix, c’est à la personne de nous donner ce qu’elle peut. À la fin, nous nous partageons le gain collecté au cours de la journée pour que chacune puisse satisfaire ses besoins », a-t-elle dit.

Ce métier d’écailleur, d’après Mme Halima Mossi, requiert une attention particulière, car les risques ne manquent pas. « Parfois, on se coupe la main avec le couteau. Les coupures aux doigts, je ne les compte plus, mais elles font partie du métier. Nous gardons le sourire parce que c’est grâce à cela que nous vivons. Nous n’avons pas le matériel nécessaire pour écailler le poisson, mais nous faisons avec ce que nous avons », a-t-elle ajouté, le visage triste. Les éclats d’écailles volent, l’eau éclabousse, l’odeur est insupportable, avec les mouches qui envahissent le coin, mais pour elle, c’est une fierté de rendre service à la communauté. « Ici, tout le monde connaît mon rôle. Je prépare le poisson pour qu’il soit prêt à cuire. Les clients n’ont pas besoin de le faire chez eux », a-t-elle ajouté. Malgré son âge, Mme Halima Mossi incarne le courage et la force.
Chaque matin, aux premières lueurs du jour, elle se rend tôt au hangar pour balayer, nettoyer et rendre salubre leur lieu de travail. Mme Fatchima Ousmane, une habituée du lieu, raconte : « J’aime le poisson frais pêché directement dans le fleuve. C’est pourquoi, dès que l’envie me vient, je me hâte de venir m’en procurer. Elles sont gentilles et vendent à toutes les bourses », a-t-elle témoigné.
Les clients apprécient surtout la relation avec les vendeuses, les petits gestes, la considération et la compréhension de leur situation financière. « J’ai grandi avec le goût du poisson du fleuve Niger. Quand j’en consomme, je retrouve ce parfum de mon enfance. Parfois, les vendeuses me racontent la provenance du poisson et cela me rappelle les histoires de mon père, puisqu’il était pêcheur », a affirmé un client.
Fatiyatou Inoussa (ONEP)